samedi 24 octobre 2020
Moderato Cantabile Marguerite Duras, 1958- Avant d'approfondir...
Moderato Cantabile est un roman dialogué : le lecteur est jusqu’à la fin en attente du récit : « j’ai voulu le traiter par le dialogue pour laisser le lecteur du livre le plus libre possible d’interpréter ce dialogue ». Le silence, en effet, se glisse entre les mots, entre les répliques, recouvre la fin des phrases d’un voile énigmatique : « J’ai voulu faire d’abord un roman d’amour et j’ai voulu recharger le langage de tout son poids érotique, c'est-à-dire que j’aurai bien voulu que ce langage-là tienne lieu d’acte d’amour. »
Le roman est dédié à « G.J. ». Malgré la discrétion de la dédicace, il est aisé rétrospectivement d’identifier les initiales de Gérard Jarlot, l’homme avec lequel Duras vit une relation passionnelle au moment où paraît le roman. La biographie de l’auteure hante la lecture du texte. Dans ses confidences publiées, Duras dit : « Ce que je raconte dans Moderato Cantabile, cette femme qui veut être tuée, je l’ai vécu. ».
On pense toutefois que Duras évoque sa séparation durant l’hiver 1956 avec Dyonis Mascolo dans Moderato Cantabile. En effet, elle racontera leur passion destructrice qui s’est emparée d’eux pendant des mois qui les pousse à la violence physique entretenue par l’alcool. C’est précisément cette union étroite entre désir sexuel et désir de mort que le roman donne à lire.
DURAS, Moderato cantabile- Etude thématique: la dimension tragique et le thème du sacrifice
Chapitre IV, pages 55 et 56, le narrateur remarque : « Elle s’arrêta encore au comptoir alors que l’homme était déjà dans la salle à l’attendre ne pouvant sans doute échapper encore au cérémonial de leurs premières rencontres, s’y conformant d’instinct »
La tragédie apparaît à Athènes au ve siècle av. J.-C.. Elle est représentée dans le cadre des fêtes de Dionysos (les Dionysies)
C’est une cérémonie sacramentelle, cultuelle.
Le rituel sacré consistait à sacrifier au dieu un bouc.
trágos (« bouc ») et ᾠδή / ôidế (« chant »)
Le « chant du bouc » l’expression de la plainte de l’animal mené à l’autel sacrificiel, mis en parallèle avec la confrontation du héros tragique à son destin lors d’une lutte qu’il sait être perdue d’avance.
Le rituel des rendez-vous : une célébration des sacrifices.
Si l’eucharistie est commémoration de la Passion, elle l’est relativement au sens sacrificiel de la vie du Christ. Si le vin se rapporte au sang, c’est au sang versé de la victime sacrifiée. Le crime passionnel par lequel commence le roman inscrit dès-lors un horizon tragique et les deux personnages principaux n’ont pas de cesse qu’ils l’aient enfin rejoint. Si l’ensemble du roman peut se lire comme la réitération, par Anne et Chauvin, de la scène primitive, celle-ci renvoyant au crime passionnel, n’en est pas moins fondamentalement une scène de sacrifice. C’est donc aussi au sacrifice qu’aspire Anne Desbaresdes, comme la scène finale le confirme, et son « C’est fait », qui rappelle le « tout est achevé » du Christ sur la Croix.
Le roman prend soin de préparer l’évènement final, en particulier en conférant aux rencontres des deux personnages une dimension rituelle caractéristique de la tragédie. C’est ainsi qu’au chapitre IV, pages 55 et 56, le narrateur remarque : « Elle s’arrêta encore au comptoir alors que l’homme était déjà dans la salle à l’attendre ne pouvant sans doute échapper encore au cérémonial de leurs premières rencontres, s’y conformant d’instinct ». On notera que le motif tragique est présent dans cet énoncé à travers l’idée de fatalité : « ne pouvant sans doute échapper », outre l’idée de ritualité. La répétition des scènes de rendez-vous n’est ni absurde ni insignifiante car elle est sacralisée par le cérémonial.
La parodie de la cérémonie tragique : le dîner mondain
Il est possible d’opposer deux types de rituels dans Moderato Cantabile : aux rendez-vous d’Anne et Chauvin, rites authentiquement « sacrés » en ce qu’ils aboutiront au sacrifice de soi, de leur amour, correspond la parodie de cérémonie offerte par la réception bourgeoise. Dans le chapitre VII, le texte multiplie les allusions à la cérémonie tragique mais en dénonce aussitôt la fausseté : « le saumon passe de l’un à l’autre suivant un rituel que rien ne trouble, sinon la peur cachée de chacun que tant de perfection tout à coup ne se brise ou ne s’entache d’une trop évidente absurdité ». Les métaphores funèbres qui désignent le saumon, puis le canard « sur son lit d’oranges » décrivent le dîner bourgeois comme un simulacre de sacrifice au sens où l’on y immole que des mets raffinés. Au demeurant, la bourgeoisie, classe anthropophage, sacrifie le prolétariat qu’elle exploite pour jouir d’un luxe indécent.
La célébration tragique de la passion
Dans le dernier chapitre, lorsque Chauvin et Anne se prennent la main, le narrateur commente : « Leurs mains restèrent ainsi, figées dans leur pose mortuaire. » Au moment du baiser, le texte dit : « Leurs lèvres restèrent l'une sur l'autre, posées, afin que ce fût fait et suivant le même rite mortuaire que leurs mains, un instant avant, froides et tremblantes. Ce fut fait. » On le voit, la répétition de l’adjectif épithète « mortuaire » inscrit clairement le caractère tragique de ce rituel, et permet de suggérer que celui-ci mène bien à la mort comme le prouve bien le dernier échange : « Je voudrais que vous soyez morte » et « C’est fait ».
La mort symbolique et les symboles tragiques
Le roman s’achève sur une mort symbolique dont le sens ultime est d’indiquer la nature profondément tragique de la passion. Les indices du tragique sont suffisamment visibles pour interdire toute interprétation optimiste. Par exemple, le texte évoque les autres clients en ces termes : « Un chœur de conversations diverses, assourdies par la pudeur emplit le café. » Le choix du mot « chœur » fait référence au chœur de la tragédie antique. Duras l’employait déjà au moment de la ridicule cérémonie bourgeoise : « Le chœur des conversations augmente peu à peu de volume ».
Nombreux personnages secondaires du roman sont chargés de commenter l’action centrale vécue par Anne et Chauvin et de lui conférer sa dimension tragique. On peut voir en la patronne du café la figure du coryphée ou une sorte de déesse de la fatalité. Le texte attribue à ce personnage dès le chapitre III le symbole du « tricot » qui revient régulièrement. Le récit établit un parallélisme entre la progression de l’intensité de la passion des amants et les progrès du tricot de la patronne. La « laine rouge » peut donc évoquer la passion mais aussi le fil de la Parque. Lorsque les amants se séparent, on trouve : « La patronne rangea son tricot rouge (…) » Le tricot rouge ne sera pas ressorti, le fil de la Parque est coupé. Les deux héros se voient pour la dernière fois. Que la laine soit de cette couleur permet d’intégrer le tricot dans la série des symboles de la passion tragique (sang ; vin), tout en formant une métaphore du roman lui-même qui se fait dont le sens semble alternativement se faire et se défaire.
DURAS, Moderato cantabile La symbolique du vin
a) Le vin scandaleux
Le verre de vin commandé par Anne Desbaresdes dès son entrée dans le café constitue la première transgression, et son ivresse lors du dîner est à la fois le révélateur et le masque d’un scandale encore plus grand, celui du désir dévorant. Le vin est un philtre d’amour que partage Anne et Chauvin, sa consommation en commun, publiquement tient lieu d’adultère. Rouge comme le sang, il est aussi philtre de mort. La femme tuée par son amant est décrite comme une ivrogne par Chauvin qui semble chercher à humilier Anne en la menaçant d’une semblable déchéance, alors même qu’il la pousse à boire.
Le vin que boivent Anne et Chauvin se rapporte au sang de la morte. La relation avec la scène primitive est troublante: « il y avait du sang qui coulait de sa bouche en minces filets épars et qu’il y en avait aussi sur le visage de l’homme qu’elle avait embrassée ». Une telle vision a sans doute sur Anne l’impact d’une image fascinante, dès lors que la métaphore du vin est rapprochée de ce sang. Le vin est ici la substance magique qui unissant les deux bouches, unit les deux personnages au couple primitif.
Des commentateurs ont comparé le vin ans le roman de Duras au philtre d’amour bu par erreur par Tristan et Iseut. Ce modèle de l’amour-passion dont les héros irlandais sont le prototype suppose, outre le breuvage enchanté, une fin tragique que le roman de Duras évoque aussi, quoique symboliquement.
b) Une incarnation de la fatalité
C’est le signe de la passion vécue. Chauvin parle de l’ivresse de la tuée, Anne répond par cette supposition : « Peut-être dans leur cas était-ce nécessaire ? ». L’adjectif inscrit le vin dans l’ordre de la fatalité. C’est la dimension tragique du roman.
La fatalité est elle-même déterminée par l’onomastique : « CHAUVIN ». Chaleur et vin : il est l’image du désir d’Anne. Le désir et le vin unissent les personnages. La passion d’Anne et de Chauvin, c’est d’abord la passion du vin.
c) Le détournement du sacrement de l’eucharistie
C’est le mystère sacré d’une commémoration de la passion du Christ qui correspond aussi à la communion des fidèles.
Anne et Chauvin commémorent la passion du tueur et de la tuée tout en communiant ensemble leur propre ivresse personnelle. Pour le catholique, le vin devient le sang du Christ, pour Anne et Chauvin, l’absorption du vin ne rappelle pas seulement le crime passionnel. Il le reconstitue et le perpétue. En buvant le vin, ils deviennent les amants de la scène primitive et font coïncider le roman (de Duras) , leur roman ( leur expérience) et leur roman (leur récit fantasmé) qui est le métaroman.
Duras élabore une mystique du vin voire une théologie païenne de la transsubstantiation » passionnelle.
Les personnages consomment leur passion et l’ivresse est alors jouissance passionnelle : « Je voudrais du vin (…) toujours j’en voudrais » (…) « Comme c’est bon le vin » (…) Comme j’aime le vin, je ne savais pas ».
Anne s’abandonne à la boisson comme à une étreinte amoureuse : « Le vin coule dans sa bouche peine d’un nom qu’elle ne prononce pas. Cette évènement silencieux lui brise les reins ».
DURAS, Moderato cantabile (1958) LE TITRE DU ROMAN
Le lien est évident avec le premier chapitre : c’est la partition de l’enfant.
Les mots sont doublement étrangers : italien/spécifique à la musique.
Etrangeté du titre s’inscrit dans une modernité.
Au chapitre I, on trouve cette question adressée à l’enfant : « Es-tu sûr de ne pas savoir ce que ça veut dire ? ».
C’est une question posée par Duras au lecteur.
Le problème des rapports entre la culture et la classe sociale est posé.
D’emblée, on a deux classes sociales opposées :
|
Ceux qui savent |
Ceux qui ne savent pas |
|
La professeure, la mère |
L’enfant |
On a donc une classe dominante : la bourgeoisie, les intellectuels et les dominés.
Inconsciemment, le lecteur s’apparente à un de ces deux groupes.
Duras constate une division socioculturelle mais elle contourne l’inégalité sociale en offrant la culture pour tous : « Pour la centième fois, ça veut dire modéré et chantant. »
Enfin, le titre relève à la fois de l’antiphrase et de la mise en abyme : il correspond et ne correspond pas à l’œuvre.
Rien de très « modéré » dans cette histoire de crime passionnel et pourtant quoi de plus modéré que la façon dont la narration nous l’expose ?
Rien de chantant dans les dialogues tâtonnants d’Anne et Chauvin et pourtant quoi de plus lyrique que leurs désirs et leurs silences ?
Cette ambigüité est indépassable.
Moderato est un tempo entre l’andantino et l’allegro. On retrouve l’ambigüité car un tel rythme assez soutenu contraste avec l’impression de lenteur qui se dégage du récit mais correspond en même temps à la rapidité avec laquelle se noue et se dénoue l’aventure entre Chauvin et Anne.
Cantabile est une nuance, une manière d’interpréter. Musique et langage indissociablement liés collaborent pour évoquer un sens.
mercredi 7 octobre 2020
Sujet de dissertation. Travail à rendre pour le lundi 2 novembre 2020
A noter: le compte rendu de lecture prévu pour le lundi 12 octobre sur Le Rouge et le Noir de Stendhal et Moderato Cantabile de Duras est remplacé par un devoir maison qui doit vous permettre de mettre à profit vos lectures.
Sujet de dissertation pour le 2 novembre 2020:
La société est-elle le seul obstacle à la réussite du personnage ambitieux ?
Pour répondre à cette question, vous vous appuierez essentiellement sur le roman de Stendhal Le Rouge et le Noir, sur les textes du parcours : « le personnage de roman : esthétiques et valeurs » ainsi que sur vos lectures personnelles.
Rédigez une introduction et une seule partie de votre choix sur ce sujet.
Étudiez la méthode ci-dessous. Nous ferons le point lundi à ce sujet.
Etudier les attentes de l'exercice de la dissertation.
Comme le commentaire, c’est un exercice d’argumentation. Il s’agit de proposer une réponse organisée à une question littéraire portant sur une œuvre intégrale et son parcours associé au programme. C’est donc un exercice rassurant qui se prépare toute l’année.
Le sujet peut prendre la forme d’une question ou d’une citation (extrait de l’œuvre, ou d’un autre texte de l’auteur, jugement d’un autre auteur, ou extrait d’une étude critique...). Un libellé invite les élèves à le traiter en prenant appui sur leur connaissance de l’œuvre et des textes étudiés dans le cadre de l’objet d’étude concerné.
Les attendus des examinateurs
-la compréhension du sens et des enjeux du sujet proposé ;
-un développement pertinent et cohérent, organisé en plusieurs parties, proposant un traitement progressif et argumenté du sujet ;
-une connaissance suffisamment précise de l’œuvre et de ses contextes pour permettre de justifier et d’exemplifier le propos ;
-une expression correcte et juste, au service de la réflexion sur la question posée.
Etape 1 : Analyser le sujet
- Lisez plusieurs fois le sujet
- Repérez et définissez les mots clés
- Repérez l’objet d’étude du programme, l’œuvre et son parcours sur lesquels porte la dissertation
- Reformulez éventuellement la question en une question simple qui constituera la problématique de la dissertation
- Identifiez ce que le sujet vous invite à faire puis choisissez un type de plan
Etape 2 : bâtir un plan
Le développement de l’argumentation suppose une construction du devoir, mais celle-ci n’est pas nécessairement ternaire : le fait de proposer deux mouvements, ou quatre, si l’ensemble est cohérent et constitue une argumentation claire, n’est pas considéré comme un défaut.
Il existe quatre types de plans possibles :
1) Le plan dialectique : thèse, antithèse et éventuellement synthèse. Il convient à tous les sujets qui invitent à peser le pour et le contre, à examiner puis à nuancer un point de vue.
- La première partie expose la thèse, l’idée la plus évidente.
- La seconde partie remet en question certains points de cette thèse pour la nuancer. C’est l’antithèse.
- La troisième partie facultative permet d’élargir le problème et de dépasser les contradictions. C’est la synthèse.
La pensée de ce type de plan pourrait se raisonner ainsi : certes…, mais, en réalité…
2) Le plan analytique : le sujet invite à étayer une thèse précise, de trouver des arguments qui illustrent le bien fondé de la thèse proposée.
3) Le plan thématique : le sujet demande d’explorer une notion et ses différents aspects à partir de vos connaissances sur la notion. Chaque partie développe un thème particulier en relation avec le sujet.
4) Le plan comparatif : Il propose une comparaison entre deux notions en abordant successivement les deux termes de la comparaison avant d'envisager un éventuel bilan. Ou bien, il peut comparer les deux éléments concernés en abordant à chaque partie un nouveau point de comparaison. Le but est de parvenir à définir une relation entre les deux éléments comparés, et non de valoriser l’un aux dépends de l’autre.
Etape 3 : rechercher des idées
Premier conseil : ne dissociez pas la recherche des arguments et des exemples. Commencez par l’un ou l’autre. Si vous trouvez un argument, demandez-vous quels exemples pourraient l’illustrer ou après avoir réuni un ou plusieurs exemples, formulez l’argument qui correspond.
Où chercher ? Envisagez toutes les ressources dont vous disposez :
- Les œuvres intégrales au programme dont il faudra rendre compte en y faisant des références précises, l’intitulé du parcours, les textes étudiés dans le parcours et les lectures cursives.
La connaissance de l’œuvre est déterminante, en raison de la définition même de l’exercice, mais on considère comme normal que les références prennent des formes diverses – citations, narrations brèves, caractérisations du moment qu’elles sont justes et servent le développement du propos
- Vos lectures personnelles (œuvres dites « classiques », romans de science-fiction, best-seller récent…
- Des comparaisons ponctuelles avec d’autres arts peuvent enrichir votre réflexion.
Etape 4 : construire un plan détaillé
I- Première partie
A- Premier argument (première sous-partie)/exemple(s) analysé(s)/
B- Deuxième argument (deuxième sous-partie)/exemple(s) analysé(s)/
C- Troisième argument (troisième sous-partie)/exemple(s) analysé(s)/
II- Seconde partie
A- Premier argument (première sous-partie)/exemple(s) analysé(s)/
Etc.
Conseil pratique 1: utilisez une feuille de brouillon pour chaque partie.
Conseil pratique 1:organisez vos arguments par force croissante.
Etape 5 : rédiger la dissertation
1) L’introduction : elle est constituée d’un seul paragraphe comportant :
- Une phrase d’amorce ;
- L’analyse du sujet définissant les mots clés ;
- La problématique déduite par l’analyse du sujet
- L’annonce du plan
Sautez deux lignes avant de commencer le développement
2) Le développement : il est constitué de deux, trois ou quatre parties. Chaque partie est organisée de la façon suivante :
- une phrase introductive énonçant l’idée de la partie en deux ou trois lignes et annonce très brève des sous parties.
- Chaque sous-parties (deux ou trois) commencera par un alinéa et formera un paragraphe de sorte que la construction de votre travail soit visible. Chaque argument est illustré par un ou plusieurs exemples commentés.
Attention : vous ne devez jamais oublier d’analyser les exemples que vous choisissez.
Une phrase de transition achève les parties. Elle résume ce qui a été dit et annonce la partie suivante. A la fin de la dernière grande partie de la dissertation la phrase de transition se transforme en conclusion partielle.
Sautez une ligne entre chaque partie
Sautez deux lignes avant de rédiger la conclusion
3) La conclusion : elle est constituée d’un seul paragraphe. Elle comporte :
- Une synthèse brève résumant l’essentiel et une réponse définitive à la problématique.
- Une ouverture exposant les limites du problème posé, élargissant la réflexion à un autre domaine littéraire ou artistique, explorant le contexte culturel ou historique…
Etape 6 : se relire
Corrigez vos fautes d’orthographe, les erreurs de syntaxe, les lourdeurs et les maladresses de style.
Erreurs à éviter :
- Utiliser la première personne du singulier : « je » : le « nous » de modestie est envisageable mais s’en passer est plus élégant. Il suffit de mettre en position de sujet grammatical ce dont il est question.
- Attention chers élèves, désormais, plus que jamais pour la dissertation, vous ne montrerez plus les « coulisses » du devoir en vous mettant en scène en temps qu’élève. Comme vous êtes grand maintenant, les mots « dissertation », « plan », « parties », « sous-parties », « problématiques » ne doivent plus apparaître dans votre devoir. Ce sont des lourdeurs de style. Or, il vous faut, pour satisfaire vos examinateurs, obéir aux codes des épreuves de l’examen. Bannissez les formules « Dans une première partie », « le premier mouvement de mon analyse… ». Préférez : « d’abord », « ensuite » et « enfin ».
Il faut le savoir :
Les examinateurs sont plus bienveillants envers les candidats audacieux et courageux qui choisissent la dissertation à condition qu’ils maîtrisent les codes de l’exercice (la méthodologie) et qu’ils fassent preuve d’une culture littéraire solide sur l’œuvre et son parcours. Que ce soit clair, choisir la dissertation n’est pas gage d’une bonne note. Les attentes sont celles d’une épreuve de baccalauréat.
Si le respect des conseils donnés en ce qui concerne la forme peut en plus d’une réflexion pertinente vous permettre d’avoir une note élevée, les documents complémentaires le précisent, le fond est plus important que la forme :
« Si l’on considère que le premier objectif du travail sur les œuvres est de former des lecteurs, il paraît nécessaire de ne pas s’exagérer l’importance des formes de l’exercice, et de rester ouvert à la pluralité des possibles, en privilégiant d’une part la capacité à construire une réflexion pertinente sur le sujet et d’autre part l’appropriation de l’œuvre par l’élève. »
Ne craignez donc pas cet exercice !
Suite des passages à l'oral sur les études transversales lundi 12 octobre
Le Rouge et le Noir ,
Stendhal , 1830
Etudes transversales pour préparer la dissertation à l’écrit et l’entretien avec le jury si vous choisissez de présenter le roman.
Interrogation orale en classe ( 5 minutes) : choisir une étude de 1 à 6 au choix et traiter obligatoirement l’étude 7.
ETUDE 1 : un roman d’apprentissage.
1) Les caractéristiques du roman d’apprentissage.
Origines du bildungsroman, titres de romans d’apprentissage en France au XIXème. Résumez en cinq lignes l’un d’eux pour illustrer le genre.
Une éducation morale, sentimentale, intellectuelle, sociale et politique. Est-ce le cas pour Julien Sorel ? Expliquer.
2) Evolution du protagoniste : un itinéraire à suivre du début à la fin du roman, un destin en marche, une force qui va.
-Début : âge, portrait personnalité, traits de caractère. Situation familiale, sociale, financière.
-Evolution : les chemins de l’ambition ou les couleurs symboliques (explication du titre, différentes professions exercées). Identité : de Julien Sorel au chevalier Julien de Vernaye, fils présumé d’un aristocrate.
3) Les mentors et figures tutélaires : substituts d’une figure paternelle défaillante.
- Les deux lectures privilégiées : justifier ces deux choix.
- Le chirurgien major : un père d’élection ?
- Deux représentants du clergé épargnés par la satire : pères spirituels et protecteurs.
- Le marquis de la Mole : le père qu’il aurait voulu avoir, adoption symbolique.
ETUDE 2 : « Chronique de 1830 ».
1) Miroir fidèle d’une époque historique : l’esprit de la Restauration. Stendhal est chroniqueur de son temps et secrétaire d’une époque. Il donne à voir une société à un moment donné de son histoire, le roman est considéré comme un document historique.
- Quelle est la durée de l’action dans le roman ? Intérêt ?
- Verrières, petite ville imaginaire de province, choix du nom, Besançon, Paris.
- La peinture des mœurs, des caractères et des classes sociales. Les bourgeois, le clergé, les paysans. Tous les types et les classes sociales sont représentés : une société hypocrite et vile qui repose sur de fausses valeurs.
- Ancrage dans la réalité des débats politiques.
2) L’affaire Laffargue et l’affaire Berthet : le fait divers comme source d’inspiration.
3) Vision critique de la société de la Restauration : une peinture au vitriol.
Des personnages qui donnent une vision très négative de cette France sous la Restauration qui était pour Balzac aussi « une école du désenchantement ».
- Critique des préjugés et des conventions sociales.
- Critique d’une société dominée par l’argent.
- Critique d’une société sclérosée qui brise les désirs d’émancipation et étouffe le génie de la jeunesse. Paris, un antre qui révèle les talents ou une machine à broyer les destins.
- Critique du « parti prêtre » : la puissance des jésuites au XIXème siècle qui incarnent pour Stendhal de purs coquins, hypocrisie et corruption à des fins lucratives et politiques.
- Réquisitoire contre une justice de classe : le procès perdu d’avance.
ETUDE 3 : l’éducation sentimentale (pour paraphraser un titre de Flaubert).
- Deux amours pour un héros hanté par la peur de n’être rien.
- L’Amour selon Stendhal (traité De l’Amour)
La conquête, la cristallisation, l’amour, le bonheur, le beylisme.
- L’Amour-passion : l’amour pur et noble : la tendre et maternelle Madame de Rênal (Louise)
Situation sociale, familiale et traits de caractère de madame de Rênal.
Relation avec Julien : coup de foudre, conquête, tendresse maternelle et revanche sociale.
Entre amour et crise morale : la culpabilité.
- L’Amour de vanité : une passion orageuse et enflammée : l’altière et orgueilleuse Mathilde de la Mole.
Situation sociale, familiale et traits de caractère de Mathilde de la Mole.
Orgueil et goût de l’héroïsme.
La fascination pour la mort de la jeune femme.
Du mépris à la passion : la palinodie exaltée (changements complets d’attitude).
ETUDE 4 : le héros romantique.
- Rappel de l’archétype du héros.
- Caractéristiques de la génération romantique : la nostalgie de héroïsme, l’appel du sublime, un destin individuel d’exception, la fatalité et le mal du siècle : sentiment d’être venu trop tard dans un monde trop vieux (Musset).
- Julien incarne la jeunesse et l’énergie romantique : donner des exemples dans le roman.
- Un héroïsme paradoxal : entre forces positives et négatives :
Ambivalence, dualité du personnage : digne héritier de la littérature romantique :
∞ Entre noblesse de cœur et hypocrisie : un monstre moral ?
∞ Hypocrisie de Julien : un trait de caractère ou une stratégie de survie ?
∞ Entre orgueil et honte
∞ Subalterne, domestique, petit paysan aux visées héroïques : origines roturières mais rêve de gloire.
∞ Rejet de sa filiation et construction d’une nouvelle ascendance et identité.
∞ Fragilité et nervosité maladive, impulsivité et violence.
∞ Capable du plus grand ridicule comme du plus émouvant panache.
∞ Désir de pouvoir mais victime dominée par ses émotions.
∞ Un héros qui vise à la réussite et un héros de l’échec qui ne tentera nul sauvetage.
ETUDE 5 : l’ironie et la satire de l’auteur.
L’ironie cache une critique. Elle naît parfois de la confrontation des points de vue, celui du jeune homme naïf et celui du narrateur-observateur avisé. Le lecteur devient alors complice de la moquerie. L’ironie peut aussi prendre un tour bienveillant. Exemples à préciser et à analyser.
Un ton de comédie : Mathilde, nouvelle Célimène, Julien, nouveau Tartuffe ou frère de Figaro.
Satire (critique par la dérision) des personnages négatifs qui sont des phénomènes de société. Etat d’esprit méprisable de la société à laquelle se confronte les belles âmes. La condamnation des bassesses des hypocrites. Qui sont-ils ? L’hypocrisie sociale de Julien est-elle naturelle ou est-ce une construction sociale ? Qu’en pensez-vous ?
ETUDE 6 : le romanesque.
- Des éléments romanesques traités selon Julien Gracq « sur le mode des contes de fées » : la promotion sociale, l’argent sont traités avec de délicieuses invraisemblances : mystérieuses lettres de change, coup de baguette d’une convocation chez le Marquis, coup de théâtre du retour à Verrières où il tire sur Madame de Rênal…
- Des motifs symboliques emplis de présages funestes :
L’échelle, la cloche, les lettres anonymes, les promenades ou le cliché de l’idylle amoureuse, promenades au verger, champ de pommiers (intertextualité : la Genèse, La Nouvelle Héloïse de Rousseau, décor rustique et romantique). Justifier.
ETUDE 7 : destinées tragiques.
- Un échec social mais une fin héroïque ? Un rêve qui se brise : Julien perd tout ce qu’il avait si durement gagné.
En quoi cet échec social représente-t-il en réalité une forme d’apothéose amoureuse, spirituelle et héroïque pour le personnage ?
- Un héros négatif ? Un anti-héros ? Un héros victorieux de la société et la mort ?
Julien entraîne t-il dans sa chute les deux femmes qui l’ont aimé ? Qu’en pensez-vous ?
Julien s’est-il libéré des déterminismes sociaux du XIXème siècle ?
Julien, au contraire, accède-t-il au panthéon des héros littéraires sublimes ?
Evoquez les attitudes des deux amantes de Julien après sa condamnation et sa mort. Qu’en pensez-vous ?
Que pensez-vous des circonstances de la mort de Madame de Rênal ?
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Secrets d'histoire - Comment devient-on Napoléon ? https://www.youtube.com/watch?v=WeHTlU8efMA
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5. Bel Ami , Maupassant, 1885, chapitre 2 « Il montait lentement les marches (…) il sonna ».
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Le lien est évident avec le premier chapitre : c’est la partition de l’enfant. Les mots sont doublement étrangers : ita...

